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Alors vous serez mes témoins


« Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors, vous serez mes témoins... »
(Ac 1,8). La promesse de Jésus s’est réalisée en ce matin de Pentecôte, il y a bientôt 2000 ans (nous venons d’en entendre le récit). Elle se réalise ce matin même...

Ce don de l’Esprit quand a-t-il eu lieu ? On peut se poser la question. Nous connaissons bien le récit de la Pentecôte, 50 jours après le matin de la Résurrection : comme un violent coup de vent qui secoue la maison où sont rassemblés les apôtres avec Marie, la Mère de Jésus, et une sorte de feu qui se partage en langues et qui se pose sur chacun d’eux. Mais n’est-ce pas en contradiction avec le récit de l’Évangile où, le soir même de la Résurrection, Jésus survient au milieu des apôtres barricadés et rongés par la peur ? « Il répandit sur eux son souffle et il leur dit : Recevez l’Esprit Saint... ». Qui faut-il croire ? Les deux !

En effet, la résurrection (la victoire de Jésus sur la mort), l’Ascension (le retour de Jésus auprès du Père) et le don de l’Esprit constituent comme un seul évènement. Les cinquante jours de Pâques à Pentecôte, c’est un peu comme un seul jour ! Nous sommes dans le temps et nous avons besoin de temps pour accueillir et intérioriser... Dieu est un bon pédagogue et il déploie l’évènement dans le temps. D’ailleurs les apôtres ont eux-mêmes eu besoin de temps ! Dans le même évangile, quelques versets plus loin, Jésus vient de nouveau huit jours plus tard (à cause de Thomas) et les portes sont encore toutes verrouillées ! C’est vraiment le matin de Pentecôte que les apôtres ont vraiment compris, assimilé, la consigne de Jésus : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Nous avons besoin de temps. Vos parcours en témoignent. Il y a eu un moment de vérité, (une épreuve, un échec, un moment heureux,...), mais le Seigneur était là jusque dans nos errances...

Le premier mot de Jésus, c’est la Paix. À ses apôtres rongés par la peur parce qu’ils redoutent les représailles, mais bien plus encore parce qu’ils se sentent coupables d’avoir abandonné Jésus au moment de la Passion... Par deux fois Jésus leur dit « La paix soit avec vous ». Et Saint Jean de préciser : « Les disciples furent remplis de joie ». La rencontre de Jésus est toujours source de joie. Pas une joie bruyante, mais cette joie intérieure, cette paix profonde que lui seul peut nous donner : ce don qui nous réconcilie avec nous-mêmes (avec notre histoire, nos faiblesses,..), qui nous réconcilie avec les autres, qui nous réconcilie avec Dieu.

Nos peurs sont multiples, et nous avons l’art de verrouiller les portes. A l’approche de Dieu, combien se sauvent, combien ont peur, ne voulant pas croire que sa tendresse apporte la guérison du cœur, que son Esprit nous libère et nous transforme. L’Esprit, que Jésus nomme « le Paraclet » (càd le défenseur, l’avocat), celui qui nous vient en aide dans les périodes de crise. Où encore l’Esprit « Consolateur » qui redonne courage dans l’épreuve, « l’Esprit de force » qui se glisse dans nos fragilités. Il s’agit moins de trouver Dieu que de laisser Dieu nous trouver, et donc d’ouvrir notre cœur... et de laisser Dieu nous aimer. « L’amour de Dieu a été déposé en nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné ».

L’Esprit est toujours donné pour une mission. « Chacun reçoit le don de manifester l’Esprit en vue du bien de tous ». En donnant l’Esprit, Jésus précise la mission : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis. Tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ». Il y a donc un lien étroit entre le don de l’Esprit et la mission de réconciliation.

Jésus nous confie la mission qu’il a lui-même reçue de son Père : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Sa mission « ôter le péché du monde » : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé ». Nous voici missionnés comme les ambassadeurs de la miséricorde, du pardon, de la réconciliation. Il dépend de nous, dit Jésus, que vos frères connaissent l’amour de Dieu et en vivent. Le péché qui est à la racine de tous les autres, c’est de ne pas croire à l’amour de Dieu, de refuser l’amour de Dieu. Témoigner du pardon de Dieu, dire le pardon de Dieu... Quelle mission, mais quelle urgence dans notre monde où l’on ne se fait pas beaucoup de cadeaux, un monde marqué par la violence des gestes mais aussi la violence des mots. Ne pas dire la parole du pardon de Dieu, laisser le monde ignorer ce pardon, c’est laisser le monde à son désespoir. Par le don de l’Esprit Saint, « envoyé pour la rémission des péchés », nous avons mission de dire les paroles de la miséricorde, de poser les gestes du pardon, de servir la réconciliation.

« Voici ce que produit l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi ».
« Puisque l’Esprit nous fait vivre, laissons-nous conduire par l’Esprit » (Gal 5,22)

Mgr Yves Boivineau,

Meythet, Pentecôte 2014 - Confirmation des adultes du diocèse